Madame la Présidente,

Je tiens à exprimer mes condoléances à la population et aux autorités de Pittsburg, Pennsylvanie, ici aux Etats-Unis, pour les faits survenus dans la synagogue Tree of Life qui ont causé la mort de onze personnes.

J’adresse aussi mes condoléances au peuple indonésien et à ses autorités pour la catastrophe aérienne survenue le 28 octobre et au cours de laquelle 189 personnes ont perdu la vie.

Madame la Présidente ;

Messieurs les représentants permanents ;

Mesdames et messieurs les délégués,

Le 25 juin 2018, Adam López Macías, né cent quatre-vingt-et-un jours auparavant, a subi une intervention chirurgicale qui visait à corriger un défaut congénital : l’inversion des grandes artères du cœur, autrement dit une connexion incorrecte de ces artères, qui mettait sa vie en danger. L’opération a duré cinq heures. La gravité de son état, l’hypotension, autrement dit une baisse de tension, et la bradycardie, autrement dit ralentissement du rythme cardiaque, survenues par la suite ont obligé les médecins à maintenir son petit sternum ouvert jusqu’au 29 juin, soit quatre-vingt-seize heures.
Le blocus empêche les enfants cubains qui souffrent d’un syndrome de faible dépense cardiaque postopératoire, autrement dit le cœur n’envoie pas assez de sang, la complication la plus fréquente en chirurgie cardiaque pour enfants, de disposer du meilleur traitement, tel le dispositif de pointe appelé d’ « Assistance ventriculaire pédiatrique » que les sociétés étasuniennes Heart Ware International Inc. du Massachusetts et Thoratec Corporation, de Pleasanton, produisent et protègent par des brevets.

Comment mesurer sa douleur et celle de sa famille ?

Adam s’est rétabli grâce au savoir-faire et au dévouement du personnel médical et aux efforts de tout un pays.

Rosa Esther Navarro Ramírez, née prématurée à la trente-septième semaine de grossesse, a été opérée le 13 décembre 2017. Elle avait alors un an et deux mois, et souffrait d’un drainage anormal total des veines pulmonaires, à savoir quand le sang oxygéné se mélange au sang non oxygéné.

Une fibrillation ventriculaire, autrement dit des battements du cœur rapides et désordonnés, s’est alors présentée, et les médecins l’ont traitée, pendant vingt-sept jours d’angoisse profonde pour les parents, pour hypertension pulmonaire, autrement dit quand la pression sanguine augmente dans les petites artères pulmonaires de la fillette, sans disposer toutefois du médicament idéal, l’oxyde nitrique inhalé, qu’on ne peut obtenir d’urgence ni transporter en avion parce qu’il est inflammable et explosif, et dont le transport maritime exige des conditions spéciales. Sans le blocus, il aurait suffi de le demander en urgence à une société étasunienne telle que Datex Ohmeda, qui produit ce gaz bienfaisant et son système d’administration.

Rosita a eu la vie sauve malgré la cruauté de cette politique.

Une fillette de Guantánamo, âgée de treize ans, atteinte d’une tumeur maligne à la colonne vertébrale, et un petit Havanais de cinq ans, souffrant d’une masse tumorale située entre le thalamus et le cervelet dans la boîte crânienne, dont je ne dois pas révéler les noms, n’ont pu être soignés en utilisant le médicament optimal, le Temozolomide, produit aux États-Unis. Heureusement, ils ont fini par vaincre leur mal.
La société Illumina est le leader mondial en ce qui concerne le Séquençage de nouvelle génération (NGS) qui garantit le diagnostic du cancer le plus exact et qui constitue le fondement de la médecine de précision et du traitement personnalisé du patient. Les fournisseurs de médicaments personnalisés exigent généralement ce type de diagnostic pour les livrer.

En 2017, 224 Cubains sur cent mille sont morts sans pouvoir disposer de traitements de ce genre à cause du blocus.

Cette dernière année, plus d’une trentaine de sociétés étasuniennes, dont Agilent, Cook Medical et Thermo Fisher Scientific, soit ont refusé de vendre la société MediCuba des médicaments, des intrants et des équipements indispensables au système de santé cubain, soit n’ont même pas répondu à de nombreuses commandes dans ce sens.

Aucune mère dans cette salle ou sur cette planète ne pourrait manquer de s’émouvoir devant des cas comme ceux que je viens de décrire.

Les dommages humains causés par le blocus sont incalculables. Le blocus est un acte de génocide, aux termes de l’article 2, alinéas b et c, de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, de 1948.  Il constitue même une violation du droit international humanitaire en cas de conflit. Mais, madame la Présidente, on ne peut comptabiliser la souffrance humaine.
L’objectif du blocus, ancré dans la Guerre froide, n’a pas changé au fil du temps.

C’est toujours l’infâme mémorandum secret du sous-secrétaire d’État, Lester Mallory, en date du 6 avril 196o, qui guide la politique cubaine de l’actuelle administration étasunienne : « Il n’existe pas d’opposition politique réelle [à Cuba]… Le seul moyen possible pour lui [le gouvernement cubain] faire perdre son appui intérieur, c’est de provoquer le désenchantement et le découragement par l’insatisfaction économique et les pénuries… Il faut mettre en œuvre au plus vite tous les moyens possibles pour miner la vie économique… en refusant à Cuba argent et fournitures afin de réduire les salaires nominaux et réels et, donc, de provoquer de la faim, du désespoir et finalement le renversement du gouvernement. »

Une exception vient heureusement de survenir : la création récente, aux termes d’un brevet existant depuis 2016, d’une société mixte composée de l’Agence commercialisatrice du Centre d’immunologie moléculaire (CIMAB) et du Rosewell Park Cancer Center, laquelle permettra de vendre aux États-Unis des vaccins thérapeutique à technologie cubaine contre les cancers de la tête, du cou et du poumon.
Autre exception : la vente à Cuba, dans le cadre d’une autorisation spécifique de 2017, par une filiale étasunienne de la société Bayer de 81 000 doses du contraceptif hormonal Mesigyne
Le blocus constitue pour les Cubains le principal obstacle au flux d’information et au plus large accès à Internet et aux technologies de l’information dans la mesure où il entrave et renchérit la connectivité de notre archipel, où il conditionne l’accès à ses plateformes et technologies, et où le cyberespace sert à des politiques visant à « changer le régime ».

Il entrave aussi les relations culturelles, universitaires, scientifiques et sportives, et celles de la société civile.

Cette politique hostile, l’administration étasunienne la mène en arguant des prétextes les plus incroyables, mais en poursuivant des visées politiques tout à fait réelles, viole les accords migratoires en vigueur qui exige la délivrance aux Cubains d’une quantité déterminée de visas d’émigration, enchérit et entrave les réunifications familiales ainsi que les voyages temporaires aux États-Unis et restreint les liens familiaux.

Le blocus constitue une violation flagrante, massive et systématique des droits humains des Cubaines et des Cubains, ainsi que l’entrave essentielle aux aspirations de plusieurs générations au bien-être et à la prospérité.

Cette politique porte aussi préjudice aux Cubains résidant aux États-Unis.

Le blocus lèse aussi les Etats-Uniens dont il limite injustement et arbitrairement la liberté de voyager à Cuba, la seule destination qui leur est interdit sur la planète.

Madame la Présidente,

L’administration étasunienne manipule et politise vulgairement l’aspiration universelle à garantir leurs droits humains à toutes les personnes et les Objectifs de développement durable en présentant, comme vous l’avez fait [il s’adresse à la représentante des Etats-Unis], des amendements à la résolution contre le blocus que cette Assemblée a votée vingt-six fois d’affilée, dans le seul but d’en adultérer la nature et la portée, de fabriquer de toutes pièces un prétexte et d’obtenir une sorte d’aval international pour continuer de le durcir, que cette Assemblée ne va pas vous donner.

Un mémorandum ignominieux que le département d’État a adressé la semaine dernière aux diplomates accrédités – le voici ! – le reconnaît clairement : « Les amendements que nous avons proposés visent à aborder la raison sous-jacente de l’embargo. »

Plus loin, le département d’État souligne avec tout autant de cynisme : « L’an dernier, cette Assemblée s’est référée directement au fait que l’embargo sapait les efforts collectifs de mise en œuvre des Objectifs de développement durable (ODD). Nous vous avons reçus cinq sur cinq (loud and clear). Les actions de Cuba menacent clairement ces Objectifs et, si nous voulons les mettre en œuvre totalement, il faut que vous appuyiez ces amendements. » C’est vraiment se moquer de cette Assemblée !

On sait le peu de respect que l’ambassadrice des Etats-Unis et le département d’État vouent aux Nations Unies, au multilatéralisme et à cette Assemblée, qu’elle a taxée l’an dernier de « cirque politique ».
Le mémorandum qui circule est une véritable moquerie au multilatéralisme, à la décence en politique internationale et à cette auguste, universelle et démocratique Assemblée.

Qui plus est, ce mémorandum recourt à un procédé trompeur : présenter ces amendements comme s’il s’agissait d’un langage adopté au préalable pour y introduire en catimini des contenus relatifs à un autre point, à une autre instance et à un autre pays. Nous avons droit de nouveau au mensonge, à la tromperie et à l’amoralité dans le discours politique.

Ce qui constituait le document L.7 contenant un seul amendement de huit paragraphes a été converti par la suite en huit amendements séparés dans le seul but de semer la confusion, d’abuser de votre temps et de vous lasser. C’est là une magouille malhonnête, madame l’ambassadrice !

Si l’administration étasunienne veut débattre des droits de l’homme ou des Objectifs de développement durable et présenter des initiatives à ce sujet, nous sommes prêts à le faire sur-le-champ dans n’importe quel organe, à n’importe quel moment et sous n’importe quel point pertinent de l’ordre du jour.

Nous continuerons d’encourager le dialogue et la coopération comme la seule manière de favoriser progresser l’exercice des droits de l’homme et nous continuerons de coopérer d’une manière active et constructive avec le Conseil des droits de l’homme, avec son Examen périodique universel (EPU) et avec tous – absolument tous – les mécanismes de nature universelle.

L’administration étasunienne n’a pas une once d’autorité morale pour critiquer ni Cuba ni qui que ce soit, en matière de droits de l’homme, dont nous rejetons la manipulation réitérée à des fins politiques et le deux-poids-deux-mesures qui les caractérise.

Votre gouvernement est responsable de crimes contre l’humanité. Il a recouru à l’arme atomique contre une population civile. Il met au point des armes d’extermination massive, lance une nouvelle course aux armements, perfectionne les armes atomiques, des armes classiques absolument dévastatrices, les armes autonomes, et il militarise le cyberespace et l’espace extra-atmosphérique.

Votre gouvernement a instauré des dictatures militaires et fomenté des coups d’État sanglants. Les guerres que votre gouvernement a menées ces dernières années ont causé des millions de morts, dont beaucoup d’innocents, et des vagues de réfugiés avec toutes les souffrances humaines qui s’ensuivent.

Votre gouvernement a pratiqué des exécutions extrajudiciaires, l’enlèvement de personnes et la torture. Il maintient indéfiniment des gens en prison dans un état de non-droit, sans défense, sans tribunaux ni procédure régulière dans la prison installée dans la base navale de Guantánamo, un territoire qu’il continue d’usurper à notre pays.

Le gouvernement des Etats-Unis viole les droits humains de ses propres citoyens, surtout afro-américains et latinos, ainsi que ceux des minorités, des réfugiés et des migrants.

Quarante millions d’Étatsuniens vivent dans la pauvreté au milieu de l’opulence, et cinquante-deux millions dans des communautés appauvries. Plus d’un demi-million de vos concitoyens dorment dans la rue sans même que vous les mentionnez. Douze pour cent des Étasuniens n’ont pas d’assurances médicales, dont votre administration privera d’ailleurs des millions de personnes à faible revenu. L’éducation de qualité n’est pas accessible aux majorités, que votre administration ne représente pas ni ne défend. L’égalité des chances aux Etats-Unis est une chimère. L’administration dont vous faites partie est un gouvernement de millionnaires qui impose des politiques sauvages.

Les femmes touchent 82 p. 100 du salaire des hommes ; si elles ont Afro-Américaines, 64 p. 100 et si elles sont d’origine latino-américaine, 62 p. 100. Les dénonciations pour harcèlement sexuel se sont généralisées.

Les familles blanches sont en moyenne sept fois plus riches que les familles d’ascendance africaine. La mortalité des enfants afro-américains de moins d’un an est le double de celle des enfants blancs. Les mères afro-américaines ont trois ou quatre fois plus de probabilités de mourir en accouchant que les mères blanches, et la moitié pourraient se sauver si elles recevaient une meilleure attention que votre département d’État ne réclame jamais.

On constate un modèle racial nettement différencié en ce qui concerne la population carcérale, la durée des peines de privation de liberté, l’application de la peine de mort, qui frappe aussi bien des mineurs que des handicapés mentaux, et les personnes atrocement abattues par la police.

(Cubaminrex)

Fuente:

Ministerio de Relaciones Exteriores de Cuba.